Des migrants et des tentes de fortune installées en plein centre de Paris le 21 août 2026 ( AFP / Thomas SAMSON )
Difficultés à respirer, maux de tête, bébé qui pleure: sous une tente, Anne, infirmière pour Médecins sans frontières, écoute les mères de famille migrantes qui dormaient à la rue à Paris depuis plusieurs semaines, jusqu'à ce que la mairie n'annonce finalement la mise à l'abri samedi de plus de 250 personnes.
Sous les grandes bâches bleues tendues par des bouts de ficelles, accrochées aux grilles de la mairie centrale, les piles de couvertures qui font aussi office de matelas sont repliées dans un coin en attendant le soir. Quatre toilettes de chantier ont été récemment installées dans le parc qui jouxte le camp, situé dans le quartier touristique du Marais.
Depuis quelques semaines, le nombre de tentes n'avait cessé de grossir et a abrité jusqu'à 400 personnes: des étrangers en situation régulière et des sans-papiers, pour certains évacués il y a plus d'une semaine d'un autre camp de fortune du sud de la capitale. Une situation pointée du doigt par les associations qui fustigent régulièrement le manque d'hébergement d'urgence dans Paris.
La plupart des hommes du camp de fortune sont partis travailler, d'autres sont allés se laver et se reposer dans des centres d'accueil de jour, tandis que les femmes et leurs enfants en bas-âge sont pour la plupart restés sur place pour bénéficier des consultations mises en place deux fois par semaine par Médecins sans frontières.
L'équipement de la clinique mobile est rudimentaire. Sur la table de camping, l'infirmière Anne Limon-Duparcmeur a disposé un tensiomètre, un thermomètre et un saturomètre pour mesurer les troubles respiratoires. De la trousse d'urgence, elle extraira ce matin-là du sérum physiologique pour nettoyer les yeux, un antihistaminique pour les allergies.
Rien de grave, pas de pathologies physiques lourdes en apparence, pourtant les maux sont bien là.
Une infirmière de Médecins sans frontières s'ocupe d'un jeune migrant dans un camp de fortune installé devant la mairie de Paris, le 21 août 2026 ( AFP / Thomas SAMSON )
Tenant serrée contre elle son bébé de trois mois, une Malienne de 28 ans au visage marqué de cicatrices s'inquiète de voir son fils "beaucoup pleurer". Face aux sourires de l'enfant et son aspect général l'infirmière est rapidement rassurée et porte son attention sur la mère.
"J'ai très mal à la poitrine et encore plus quand j'ai faim, je suis oppressée", dit la jeune femme d'une voix à peine audible.
"Et le moral, comment ça va ?", enchaîne Anne. La mère de famille se fige, baisse les yeux vers le sol et masque son visage emplie de larmes avec son voile, incapable de parler.
"Ses symptômes sont liés au stress", diagnostique la soignante qui oriente la jeune femme, arrivée il y a deux ans en France, vers un travailleur social afin qu'elle puisse prendre rendez-vous avec un psychologue et parler d'un passé qu'elle lui a murmuré "très difficile".
"Aucune valeur humaine"
Un membre de Médecins sans frontières parle avec une migrante dans un camp de fortune installé en plein centre de Paris le 21 août 2026 ( AFP / Thomas SAMSON )
"La vie à la rue fait ressurgir des traumatismes du passé et fragilise énormément. Ils dorment mal, des bruits comme le vent, la pluie et l'absence de toit, synonyme de sécurité, ravivent les angoisses et ils ne se reposent jamais", explique l'infirmière.
"Ces personnes vivent une violence passive. Le message qu'on leur envoie est qu'elles n'ont aucune valeur humaine puisqu'elles ne méritent pas un toit", déplore l'employée de l'ONG.
Assise dans la salle d'attente à ciel ouvert, Ilmi, Somalienne de 32 ans, vient consulter car elle n'arrive pas à dormir.
"Je suis seule, sans famille, j'ai dû abandonner mes enfants en Ethiopie. Depuis que je suis arrivée en France, en mai, je dors dehors. J'ai failli me faire violer, mais j'ai réussi à me débattre", raconte la demandeuse d'asile qui paraît quinze ans de plus.
"Moi ma vie est finie, mais quand je vois tous ces enfants autour de moi vivre dans une telle situation je me fais du souci pour eux", relate, au bord des larmes, Ilmi.
Samedi, la mairie de Paris a annoncé "la mise à l'abri de l'ensemble des 253 personnes", "installées devant la mairie de Paris Centre". Selon la mairie centrale, elles seront logées "au sein de gymnases de la Ville", "jusqu'à ce que les services de l'État, dont c'est la responsabilité légale et morale, leur proposent une solution pérenne".

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